mardi 4 février 2014

159 La maison des Vétérans polonais de Juvisy (1866-1907)

Quelques informations à propos de l’établissement polonais de Juvisy-sur-Orge de la fin du XIXème siècle, en liaison avec le lieu de décès de Jean-Népomucène Janowski (Jan Nepomucen Janowski, 1803-1888)


Classement : Histoire de la Pologne ; émigration polonaise en France au XIXème siècle




Ceci est le développement d’une note de la page consacrée à Jean-Népomucène Janowski (1803-1888), militant politique polonais radical, auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire polonaise.

Cette note concerne un point de son acte de décès, que je cite de nouveau en entier ci-dessous et qui est par ailleurs disponible en ligne (références : AD91, Juvisy-sur-Orge, 1883-1888, vue 214, acte n° 16)

L’acte de décès de Jean-Népomucène Janowski 
(établi le 6 février 1888)
 « L’an Mil huit cent quatre vingt huit, le six février à onze heures du matin, par devant nous, Louis Charlot, Maire et officier de l’Etat civil de la commune de Juvisy-sur-Orge* (Seine-et-Oise) sont comparus Alexandre Biergiel, âgé de quatre-vingt-trois ans, et Joseph Mirecki, âgé de soixante-douze ans, tous deux pensionnaires des Vétérans polonais* de cette commune, amis du défunt ; lesquels nous ont déclaré que Jean-Népomucen Janowski, homme de lettres, né le dix-sept Mai Mil huit cent trois à Konopiska près Varsovie*, fils de Jean Janowski et de Marguerite Poliska, tous deux décédés, est décédé hier* à quatre heures et demie du matin, en son domicile à l’établissement susmentionné. Et après nous être assuré du décès nous avons dressé le présent acte, que les comparants ont signé avec nous, après lecture faite. »
Notes
* Juvisy-sur-Orge : actuellement dans l’Essonne, à environ 15 km de la porte d’Ivry à Paris, au confluent de l’Orge et de la Seine
* Konopiska près Varsovie : Konopiska est situé à 10 km au sud-ouest de Czestochowa, à environ 200 km au sud-ouest de Varsovie ; la mention « près Varsovie » est donc très approximative
est décédé hier : donc le 5 février 1888

Note particulière à propos de la formule « pensionnaires des Vétérans polonais » :
La formule est intéressante, puisqu’elle révèle la familiarité du maire de l’époque avec un établissement accueillant des Polonais réfugiés en France, le mot « vétérans » évoquant sans doute une participation à des combats patriotiques (Janowski est un émigré de 1831).
Si on consulte le site officiel de la mairie de Juvisy, on ne trouve en revanche pas trace de cet établissement ; quelques sources accessibles sur Internet permettent de donner quelques précisions à son sujet.

Un article du Parisien
La première piste m’a été fournie par un article du Parisien (22 octobre 2013), « Le pavillon du disciple de Flammarion voué à la destruction ».
Ce bâtiment, sis au « 36 bis Avenue de la Cour de France », se trouve à proximité de l’Observatoire Camille Flammarion ; il a été construit en 1778, a d’abord été une auberge relais de poste (le long de la route de Paris à Fontainebleau, par la suite Nationale 7), puis a été offert (?) en 1866 aux « aux sœurs polonaises de Charité de Saint Vincent de Paul » pour accueillir des « orphelins ou des vétérans polonais ». L’article ajoute qu’en 1893, il a été pris en charge par le père « Bonawentura Metler », qui a fait la connaissance de Camille Flammarion et s’est livré à des travaux d’astronomie.
Le bâtiment en question est actuellement l'objet d'un conflit immobilier entre la mairie et la société des Amis de Camille Flammarion.

Un article (en polonais) de Niedziela
Cette personnalité est un prêtre polonais (Bonawentura Metler, 1866-1939) dont la présence à Juvisy est évoquée dans un article de Niedziela, journal catholique polonais : Jan Związek, « Ks. Bonawentura Metler - duszpasterz i astronom » (« Le père Bonaventure Metler, pasteur d’âmes et astronome »)
Cet article indique en effet :
« W 1893 r. powrócił do ziemi ojczystej, a biskup włocławski mianował go wikariuszem w parafii Osiek Wielki. Był to jednak bardzo krótki okres jego pracy parafialnej. Wracał do Francji, gdzie w Juvisy sur Orge pod Paryżem był kapelanem polskich weteranów powstańczych w ośrodku prowadzonym przez polskie Siostry Miłosierdzia św. Wincentego á Paulo. »
Traduction
« En 1893, il rentra au pays natal, mais l’évêque de Włocławek le nomma vicaire dans la paroisse d’Osiek Wielki. Ce fut cependant pour une très courte période de son activité paroissiale. Il revint en France, où à Juvisy-sur-Orge près de Paris, il fut aumônier des vétérans polonais séjournant dans le centre que tenaient les Sœurs polonaises de la Charité de St Vincent de Paul. »
L’article évoque aussi les relations entre Metler et l’Observatoire Camille Flammarion et ses propres activités astronomiques.

Un ouvrage biographique (en polonais) sur Bonaventure Metler
Références :
*Bogdan Wszołek (dir.), Astronomia - nauka i wiara (« L’Astronomie : science et foi »), Wydawnictwo AJD Stanisław Podobiński, Częstochowa, 2011, disponible en ligne.

Cet ouvrage mentionne le séjour de Metler à Juvisy, apparemment pendant une quinzaine d’années, dans deux articles (dont le premier est écrit par l'auteur de l'article ci-dessus cité).

1) Jan Związek, « Ks. Bonawentura Metler - w drodze do popularyzowania
wiedzy astronomicznej » (pages 25-26) : 
« W latach 1891 – 1907 Metler pełnił obowiązki kapelana w Instytucie  św. Kazimierza, przeznaczonym dla polskich weteranów powstańczych  w Juvisy sur Orge (Maison de St. Stanisłas) w domu zakonnym Sióstr  Miłosierdzia św. Wincentego a Paulo (Szarytki). »
« Na początku XX wieku zmieniły się jednak warunki pobytu polskich  weteranów we Francji, w tym także w Juvisy sur Orge, a także stosunek  socjalistycznego rządu francuskiego wobec polskiego duchowieństwa i polskich  sióstr zakonnych, które pracowały w Instytucie św. Kazimierza. Najpierw  Francję musiały opuścić Siostry Szarytki w 1907 r., które znalazły pracę  w Schronisku dla Paralityków w Częstochowie przy ul. Wieluńskiej. W ślad za siostrami zakonnymi powracał do Ojczyzny ks. Metler. »
Traduction
Jan Związek, « Le père Bonaventure Metler - sur le chemin de la vulgarisation astronomique » (pages 25-26)
« Dans les années 1891-1907, Metler remplit les fonctions d’aumônier à l’institution Saint Casimir, destinée aux vétérans polonais des insurrections à Juvisy sur Orge (Maison de St Stanislas*), dans la maison régulière des Sœurs de la Charité de St Vincent de Paul ([dites] les Charitaires*). »
« Au début du XXème siècle, eut lieu un changement dans les conditions de séjour des vétérans polonais en France, y compris à Juvisy sur Orge, et aussi dans la relation du gouvernement socialiste français* avec la prêtrise polonaise et les sœurs régulières polonaises qui travaillaient à l’Institution St Casimir. En premier lieu, les sœurs charitaires durent quitter la France en 1907, pour trouver un emploi dans l’Asile des Paralytiques de Czestochowa (rue Wielunska)*. A la suite des sœurs régulières, le père Metler rentra dans sa Patrie. »
Notes
Charitaires : le mot Szarytki est un mot polonais formé sur « charité » ; les sœurs de St Vincent de Paul étaient impliquées dans l'activité hospitalière (les « bonnes soeurs »)
gouvernement socialiste français : cette assertion relève de l'histoire à la louche, voire de la désinformation ; il ne s’agissait pas d’un gouvernement « socialiste », mais de gouvernements républicains radicaux (Waldeck-Rousseau, Combes, Rouvier) qui, de 1901 à 1907, mènent une politique de laïcisation, avec notamment la loi de Séparation de 1905, mais aussi des mesures contre les congrégations religieuses (surtout enseignantes) ; les socialistes, comme Jaurès, ou socialistes indépendants, comme Briand, n'étaient pas les plus anticléricaux ; par ailleurs, cette politique ne concernait évidemment pas seulement les Polonais, mais toutes les institutions d’obédience catholique
Asile des Paralytiques de Czestochowa (rue Wielunska) : asile Saint Antoine pour les paralytiques (ultérieurement : et les orphelins) ; existait encore en 1946 
2) Marian Głowacki, « Ks. Bonawentura Metler- podróżnik, przyrodnik, popularyzator wiedzy astronomicznej »  (pages 39-40) : 
« Po zakończeniu studiów ks. Metler pracował jako kapelan w Domu  Opieki im. Stanisława Kostki (Instytucie św. Kazimierza) przeznaczonym dla  polskich emigrantów w Juvisy sur Orge pod Paryżem, w klasztorze sióstr  szarytek ze Zgromadzenia Sióstr Miłosierdzia św. Wincentego a Paulo. »
Traduction
Marian Głowacki, « Le père Bonaventure Metler : voyageur, naturaliste, vulgarisateur de la connaissance astronomique »  (pages 39-40) 
« Après avoir terminé ses études, Metler travailla comme aumônier dans la Maison de Soin Stanislas Kostka* (Institution St Casimir) destiné aux émigrés polonais à Juvisy sur Orge près de Paris, dans le couvent des Charitaires de la Congrégation des Sœurs de la Charité St Vincent de Paul. »
Notes
*St Stanislas, Stanislas Kostka (Stanisław Kostka, 1550-1568) : entré chez les Jésuites en 1567, meurt peu après ; canonisé en 1726

Ces textes apportent quelques éléments intéressants, notamment
1) ce qui concerne les noms, bien que ce ne soit pas très clair : il semble que l’institution soit appelée « St Casimir », mais qu’on se réfère aussi à Stanislas Kostka (St Stanislas) ;
2) le fait que les Sœurs de la Charité soient parties ou aient été contraintes de partir en 1907 ; mais les circonstances sont très vagues : l’auteur se réfère, de façon inepte, à des mesures « socialistes », sans s’intéresser à la réalité de la procédure, et sans indiquer ce qui est advenu de l’institution elle-même : elle a probablement changé de mains, à moins que les pensionnaires aient été réaffectés dans d’autres lieux (il serait intéressant aussi de savoir combien il y avait encore de pensionnaires polonais en 1907).

Autres éléments
Si on s’intéresse à l’ordre de St Vincent de Paul, on constate que dans le département de l’Essonne, son siège se trouve actuellement à Juvisy-sur-Orge (lien) ; pour le moment, rien n’indique qu’il y ait une relation entre les deux faits.

Conclusion
Il est certain qu’il existait à Juvisy-sur-Orge, sans doute à partir de 1866 un établissement charitable hospitalier tenu par les Sœurs polonaises de la Charité de St Vincent de Paul (Siostry Miłosierdzia św. Wincentego á Paulo).
Celles-ci ont quitté Juvisy sans doute en1907, peut-être en liaison avec les mesures contre les congrégations ; le destin ultérieur de l’institution reste à préciser (fermeture ? transfert ? changement de responsables ?).
Les circonstances précises de la création de l’institution restent aussi à déterminer.



Création : 4 février 2014
Mise à jour : 6 novembre 2014
Révision : 25 juillet 2017
Auteur : Jacques Richard
Blog : Sur Frédéric Chopin Questions historiques et biographiques
Page : 159 La maison des Vétérans polonais de Juvisy (1866-1907)
Lien : http://surfredericchopin.blogspot.fr/2014/02/maison-des-veterans-polonais-de-juvisy.html











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