lundi 25 novembre 2013

132 Nicolas Chopin de 1787 à 1802 (article de Ruch Muzyczny)

Traduction d’un article de Czesław Sielużycki dans la revue polonaise Ruch Muzyczny, sur les débuts du séjour de Nicolas Chopin en Pologne


Classement : biographie ; Nicolas Chopin




Référence
*Ruch Muzyczny, année XLIII, n° 3 (7 février 1999), p. 30-33 : Czesław Sielużycki, « Mikołaj Chopin w Warszawie, Kaliszu i Kiernozi w latach 1787-1802  » (« Nicolas Chopin à Varsovie, Kalisz et Kiernozia dans les années 1787-1802 »).

L’auteur
Le site du Narodowy Instytut Fryderyka Chopina donne une bibliographie et une filmographie.

Traduction de l'article
Les astérisques renvoient à des notes (en bas de page) ; les passages soulignés correspondent à une traduction incertaine et renvoient au texte polonais (entre crochets). Les nombres entre parenthèses renvoient aux notes de l'auteur.

« Page 30
Né en 1771 dans le village lorrain de Marainville sur Madon, Nicolas* Chopin fut tout à fait « différent de tous les autres membres de sa famille », en comptant à partir du XVIème siècle. Il confirme l’opinion selon laquelle les pères (ou grand pères) des créateurs géniaux se distinguent assez souvent par des caractéristiques étonnamment peu communes (1)., Assurément, Nicolas n’aurait pas été séparé d’eux, si son père François, charron et syndic de village, n’avait pas réussi [Gdyby Mikołaj był ich pozbawiony, pewnie nie udałoby się ojcu Franciszkowi] à le placer, adolescent, au château proche, alors possession seigneuriale [magnackiej] de Michel J. Pac*. Cela avait été approuvé par le maître d’école et le curé, et surtout par le conseiller et intendant polonais du château, Adam J. Weydlich*. Très vite, Nicolas gagna également l’approbation et la bienveillance « de la noble épouse* de l’intendant », qui, au fil du temps, l’entoura de sa protection comme une véritable mère. Au château, il eut la possibilité de se former à la comptabilité et à l’administration et d’apporter son assistance en ces matières [miał możność doksztalcać się i pomagać w rachunkowości oraz administracji], de pratiquer la musique, de lire et d’écouter des conversations polyglottes de personnes éclairées (2). Et puis...

Quels motifs on incliné ce jeune Lorrain de moins de 17 ans à quitter le pays de sa famille et à partir en Pologne ? Selon son biographe Gabriel Ladaique, ils sont nombreux et – apparemment – convaincants : futur incertain d’une famille pauvre et ??? [wyraźne z niej wyobcowanie], menace révolutionnaire en France*, perte de l’emploi et du logement, lorsque le comte Pac renonça à conserver le château, enfin, incitations répétées des Weydlich. Cependant, comme on le sait, son protecteur et bienfaiteur partit d’abord seul, et lui, faisant preuve d’une prudence rare à cette époque, seulement alors qu’il avait à Varsovie un logement et un travail assurés.
Il est intéressant d’examiner la personnalité curieuse du père de Frédéric dans la période initiale, moins bien connue, de son séjour en Pologne. D’autant que le précieux travail de Ladaique, encore non traduit en polonais, lu à la lumière d’autres sources, comporte à côté de données vraiment révélatrices de nombreuses inexactitudes (par exemple, sur les dates et les noms).

Les premières années à Varsovie (1787-1790)
Nicolas Chopin arriva dans la capitale polonaise pendant la fête de la Nativité 1787 en compagnie de Mme Adam Weydlich et de sa fille. Il habitait dans la maison d’un marchand connu (bientôt maire de Varsovie) Jean Dekert*, ami d’Adam Weydlich. En tant qu’« expert dans le domaine de la tenue des livres », connaissant bien les langues française et allemande, comprenant aussi le polonais, il devint comptable et (ou) caissier dans la grande entreprise de tabac de la capitale. Les documents de l’époque contredisent l’opinion des biographes de Chopin, selon laquelle cette « Manufacture » avait été fondée, dirigée et après quelques années liquidée par « un Français », censé être l’Alsacien Weydlich. Effectivement, il existait quelques entreprises de ce type, appartenant au « monopole d’Etat du tabac ». Mais celle de Varsovie avait été donnée à bail dix ans plus tôt, en 1777, à une société privée, dont le président était Jean Dekert (3), et Weydlich y avait une fonction de contrôleur ou d’inspecteur (4).
Les années varsoviennes du jeune Lorrain sont non seulement une période de travail rémunérateur, mais aussi d’ambitieuse auto-formation dans divers domaines et d'assimilation progressive. Celle-ci fut favorisée par ses contacts étroits avec les familles polonaises de ses deux mentors et par la gentillesse de Madame Weydlich. En 1788, Nicolas « se met avec enthousiasme au service » de la Diète de Quatre ans*, ce qui est lié au fait que Dekert, défenseur connu des droits des citadins [mieszczanie], devint un de leurs députés. De concert avec les Weydlich, il écrit des lettres à ses « chers parents » de Marainville, mais elles restent sans réponse*. Il tient alors la Pologne pour un « pays étranger », mais y trouvant des conditions favorables, il a l’intention d’y « faire [son] petit chemin »*.
Deux ans plus tard, cette petite période de stabilité est interrompue par un sérieux ébranlement. Comme on le sait par la lettre de Nicolas à sa famille, écrite à la mi-septembre 1790 (la seule qui ait été conservée), Michel Pac, resté à l’étranger*, exigeait une dernière reddition de comptes pour le domaine de Marainville. Nicolas devait dans ce but se rendre comme fondé de pouvoir de Weydlich au domicile du comte à Strasbourg, mais il était retenu par la crainte d’être recruté par l’armée, en relation avec le déroulement de la Révolution. Dans cette lettre quelque peu opportuniste, mais rédigée diplomatiquement, il ne mentionne pas que ses employeurs avaient dissout la société des tabacs dès l’année précédenteEn revanche, il demande à ses destinataires d'envoyer leur réponse à la Poste restante de Varsovie. Est-ce que cela indiquerait qu’il avait perdu son travail et son logement, voire qu'il était tombé dans la pauvreté ? En faveur de cette interprétation, on peut évoquer le fait que Dekert mourut en octobre de cette même année, laissant cependant son épouse, Antonina et sa belle-fille, amie de Nicolas (en tout cas, plus tard, de sa famille), Françoise de la famille Grochulska [Franciszka z domu Grochulska]*. Quoi qu'il en soit, Chopin, âgé de 19 ans, quitte la capitale juste avant le début de l’hiver [1790] et se rend dans la région de Kalisz, où il va passer quelques années.
Cela signifie qu’il n’y a pas dans sa biographie le « trou » que certains chercheurs (par exemple J. Chominski*, 1978) indiquaient être de huit ans et plus, et que d’autres (par exemple, T. A. Zielinski*, 1993) « remplissait » en prolongeant le travail de Nicolas à la manufacture de tabac jusqu’à une alléguée « fermeture par son propriétaire » [qui aurait eu lieu] seulement en 1793. Ces erreurs résultent d’une sous-estimation des sources, comme par exemple l’oraison funèbre*, qui a été conservée, de Chopin-senior,

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mort en mai 1844 (5). Elle est l'oeuvre de l’évêque Jean Dekert*, fils du second mariage du maire, certainement en collaboration avec la veuve du défunt, Justyna. Il s’y trouve l’information deux fois répétée que le défunt avait jadis été « précepteur chez des citoyens et dans des pensions des gouvernements de Kalisz et Plock, ainsi qu’à Varsovie ».

Trois années dans la région de Kalisz* (1790-1793)
En même temps qu’il change de lieu de séjour, Nicolas change de type de travail. Sans abandonner ses services professionnels dans le domaine de la comptabilité, il se concentre désormais sur l’éducation et l’instruction de la jeunesse. Il connaît déjà suffisamment la langue et les réalités polonaises, est parvenu à se former dans les domaines fondamentaux de la science et de la culture, joue du violon et de la flûte, peut remplacer un professeur de danse, de musique ou de « calligraphie, dans laquelle il ??? [w której celuje». Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que, dès le départ, il ait réussi à être l’éducateur presque exclusivement d’ « enfants de hautes familles » terriennes.
Quelles étaient ces familles ? Où se trouvaient leurs maisons ou palais à Kalisz ? Cela n’a pas été catégoriquement établi jusqu’ici. Il existe cependant des éléments de fortes présomptions. G. Ladaique (ouvrage cité, t. I, p. 224), les localisant à « 100 km au nord-ouest de Wroclaw* », suggère les environs de Kotlow*, Antonin* et Strzyzew*, ce qui est peu vraisemblable. Il paraît plus approprié de regarder en direction des données disponibles sur les familles de Kalisz les plus importantes de cette époque, mentionnées dans les travaux concernant Chopin. Ainsi ont pu en faire partie la famille du docteur Moïse Flamm, domiciliée près de la place du marché de Kalisz, chez qui, quelques vingt ans plus tard, Frédéric Chopin devait s’arrêter au cours de voyages vers Stryzew* ou Vienne*. Ont pu aussi être élèves de Nicolas les enfants d’une famille Biernacki, propriétaire à Sulislawice, près de Kalisz* ou ceux de la famille du comte Kurnatowski, de cette ville. En 1826, Frédéric écrivit de Duszniki* qu’Alfred Kurnatowski […] ??? [wyjechał onegdaj] », et en 1830, qu’étant à Kalisz, au cours d’une réception, « il dut danser une  mazurka avec Mademoiselle Biernacka » et qu’il connaissait son père [poznał jej ojca], « ??? [co ma swoje Sulisławice] ». Il savait aussi que « Mademoiselle Bronikowska avait cherché à épouser Kurnatowski [za Kurnatowskiego poszła] ».
La convergence de ces noms et localités dans la relation père-fils est-elle seulement due au hasard ? Assurément, Nicolas a dit peu de choses des premières années de son activité de précepteur (pas seulement en ce qui concerne Kalisz). Toutefois, dans sa correspondance avec son fils, apparaissent sporadiquement les noms d'éventuels employeurs. Voici les Mycielski. Cette famille comtale du clan Dołęga, avait, comme d’autres familles, des lignages et des branches surtout autour de Poznan et de Cracovie, mais aussi dans la région de Kalisz (7). Dès 1742, Mathieu Mycielski détenait la fonction de castellan [kasztelan] de Kalisz. Il n’est pas exclu que la demeure de cette branche ou d’une autre de la famille ait été Mycielin, village situé à 40 km au nord de Kalisz.
Sans aucun doute, Chopin-senior connaissait bien et a mentionné dans des lettres deux Mycielski du lignage de Posnanie : l’aîné, Ignace (né en 1784) et le cadet Michel (né en 1796), militaires qui dans différentes armées méritèrent le grade de général (8). Chopin-junior les connaissait également. Dans la lettre citée plus haut, entre autres « potins », il rapportait à T. Woyciechowski* : « Mademoiselle Nieszkoska ne veut pas du général  [Ignace] Mycielski, ??? [a on się do niej konieczne adresuje] ». Ignace, après avoir été chef d’état major du général J. H. Dombrowski*, était dans les années 1826-1830, commandant du Corps des Cadets à Kalisz. Ce Corps relevait administrativement de la même autorité que l’Ecole d’application de Varsovie, d’où il résulte qu’en 1829, dans la liste commune des professeurs des deux instituts, on trouve les noms du général Mycielski et de Nicolas Chopin (9). Michel Mycielski, fils de Stanislas, frère de Joseph et de Louise, avait commencé par servir à Metz dans l’armée napoléonienne ; dans les années 1830-1831, il se trouvait à Varsovie, prenant part à l’insurrection, et pendant l’été 1835, à Karlowy Wary*, au moment où y séjournait Nicolas Chopin avec son épouse et Frédéric. Habitant ensuite à Paris, il prit contact avec Mickiewicz*, Krasinski* et Chopin, et aussi avec Delphine Potocka* « ??? [o której względy usilnie zabiergał] ». En 1842, il est revenu à Varsovie, ce qui résulte de l’information transmise par Nicolas à son fils, selon laquelle « le comte Mycielski, que tu connais de Carlsbad » lui a rendu visite et que Frédéric serait, en tant qu’invité, « bien accueilli par lui dans ces régions » (10). De quelles régions il s’agissait au juste, on ne le sait pas, puisque Michel avait des possessions en Alsace et en Posnanie.
On sait par contre que Nicolas, habitant et travaillant à Kalisz, n’a certainement pas été « témoin de l’enthousiasme » provoqué à Varsovie par l’adoption de la Constitution du 3 mai*. Vivant au loin, il a inévitablement entendu parler d’événements tels que le pacte de Targowica* en 1792, l’activité de Kollontaï* ou les premiers combats aux frontières avec les Russes. C’est seulement l’année suivante – l’année du second partage* – qu’il revint dans la capitale, encore libre, d’une République* réduite des deux tiers.

De retour à Varsovie (1793-1795)
Dans le discours funéraire de 1844, déjà mentionné, l’abbé Dekert évoquait le fait qu’à l’âge de sept ans – c’est-à-dire en 1793 – il avait été le premier élève de Nicolas Chopin à Varsovie. Et à dire vrai, sans doute le seul, si on prend en compte le chaos d’après le partage, la catastrophe économique générale et le départ de Varsovie des familles les plus

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fortunées ; les Weydlich aussi se préparèrent à un déménagement à l’étranger. Nicolas devait rentrer avec eux, mais – selon la tradition familiale* – survint un empêchement sous la forme d’une « grave maladie » exigeant une mise au repos prolongée.
Puis ce fut l’année 1794, l’année de l’insurrection de Kosciuszko. Cependant, l’effectif des troupes gouvernementales avait déjà été réduit par les envahisseurs, on manquait d’équipement et de cadres expérimentés, de sérieux troubles de rue eurent lieu incluant des lynchages [miały miejsce powaźne zamieszki z samosądami włącznie]. Dans cette situation, en l’absence d’une conscription, on fit appel non seulement à la « levée générale* » mais aussi aux milices locales et « mobiles », remplissant des fonctions de défense et de maintien de l’ordre [funkcje obronne i porządkowe] (11). En ce qui concerne celles de Varsovie, l’organisateur et chef en fut le cordonnier et conseiller municipal Jean Kilinski* ; il surveillait aussi la convocation pour la garde de « ??? [wszelkich ludzi luźnych oraz winnych rozruchów] (12). L’antimilitariste Chopin se joignit à cette formation de concert avec M. Flamm et d’autres hommes – enrôlés par force, volontairement ou sur recommandation* (ainsi, par exemple, Flamm). Un autre « compagnon d’armes » de Nicolas était le professeur de Varsovie Antoine Helbich, père du docteur Adam Bogumil Helbich, qui, des années plus tard, hébergea Frédéric à Kalisz (13).
Nicolas, ayant atteint le grade de setnik (équivalent du français « centenier ») resta dans sa formation jusqu’à sa dissolution. Il y a cependant un doute : est-ce que, le 10 octobre, il prit part au combat près de Maciejowice* (à Siedlecki), où il aurait été « blessé, tandis qu’à ses côtés tombait l’enseigne [chorąży] Mathieu Laczynski » (14) (cf. infra). Peu après, il devait se trouver avec son unité pour défendre Praga*, mais dans la nuit du 3 novembre, quelques heures avant l’assaut des troupes de Souvorov, il en fut par chance rappelé [zluzowany]
En 1795, Varsovie, en vertu du troisième traité de partage, devint une ville prussienne. Cela n’annonçait rien de bon, et Nicolas avait aussi des raisons personnelles d’envisager de nouveau un voyage vers la Lorraine. Cela fut encore une fois empêché – comme par le destin – par une maladie « encore plus grave que la précédente » (à la lumière d’un rapport médical ultérieur, est peut-être entré en jeu ici une crise d’« asthme » sur fond d’une sorte de pneumonie (15). Mais sa destinée changea : quand sa santé fut rétablie, il rencontra la représentante d’une autre famille noble et riche à la recherche d’un éducateur réputé pour ses enfants. C’était Eva Laczynska, de la famille Zaborowski, veuve de Mathieu, staroste* de Gostynin*, député à la Diète. Il était mort non pas près de Maciejowice, mais le 5 mai 1795 dans sa propriété familiale de Kiernozia* (voïvodie de Plock*), à 28 km au nord de Lowicz*, près de Sanniki*. Que l’offre ait été profitable aux deux parties est prouvé par le long séjour de Nicolas dans ce cadre.

Sept ans à Kiernozia (1795-1802)
L’estimé « professeur de Varsovie » arriva chez les Laczynski à l’automne 1795. L’héritier nominal de leurs possessions, Benoît Joseph* (né en 1774) était par nécessité remplacé par la mère et veuve, du fait qu’ayant terminé son école d’officier, il s’était engagé dans les légions du général Dombrowski en Italie, et que le fils suivant, Théodore, n’avait que neuf ans. Il fut donc longtemps formé par Nicolas, comme l’aînée (pas « la plus jeune ») des filles, Marie – la célèbre Marie* –, alors âgée de six ans. Leurs sœurs, Antonine et Honorée, alors encore très jeunes, les rejoignirent plus tard. Mathieu et Eva Laczynski avaient eu six enfants [en plus de Benoît] (16), dont au moins quatre furent à différentes époques élèves de Nicolas Chopin. Cinq ans plus tard, arriva un nouveau disciple, Frédéric Skarbek*, âgé de huit ans. La vie et les réalisations de certains d’entre eux sont des marques de la valeur de Nicolas comme pédagogue et comme être humain.
Il m’est difficile d’affirmer sans aucune réserve où habitait et travaillait Nicolas, puisque certains auteurs parlent de Czerniewo, d’autres de Kiernozia, d’autres encore du proche village de Brodne*. Des manoirs et des fermes dans ces localités et dans d’autres, comme les villages de Sokolow* ou de Lasocin*, appartenaient depuis des lustres aux  ancêtres de Mathieu (17) ainsi qu’à leurs clients [powinowatych], les Lasocki. Le plus important était cependant dans une grande mesure le palais néo-Renaissance de Kiernozia, entouré par un parc étendu et un fossé en liaison avec le lac Lacz. C’est là que Mathieu était né, ainsi que ses enfants à l’exception de Marie, venue au monde en 1789 dans la propriété maternelle de Brodne. Chopin a très certainement séjourné dans ce palais, d’autant que, – ayant la chance d’avoir une patronne d’âge moyen – il « gérait de concert avec la veuve », étant en position d’apporter également son aide pour la tenue des livres. Peut-être que plus tard, quand ses plus jeunes disciples eurent grandi, il habitait avec eux dans le manoir éloigné de 3 km de Czerniewo (18), ou bien peut-être ne faisait-il que s’y rendre pour séjourner, de même qu’il se rendait parfois à Sanniki chez les Pruszak, famille ??? [poznanej już wtedy]. Cela dura ainsi jusqu’en 1802.
Que devinrent ensuite les jeunes Laczynski ? L’aîné, Benoît, officier des Légions, dans lesquelles il servait en même temps que Michel Mycielski, passait ses congés à Kiernozia*, en relation de sympathie avec Nicolas ; il devint général en 1804. Théodore, formé pendant environ sept ans par Nicolas, choisit « la voie de l’armée comme son frère Benoît » ; en 1814, alors qu’il était déjà colonel de l’armée française, il transporta la correspondance de Marie avec Napoléon « jusqu’à l’Elbe et retour [przewoził korespondencję Marii z Napoleonem "na Elbę i z powrotem"] ». D’Ignace – hors le fait qu’il reçut après Benoît Kiernozia en héritage – on sait peu de chose, de même que du dernier des « familiers des Chopin », Paulin. Les autres, disciples « oubliées » de Nicolas, firent

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un mariage : Antonine avec un Lasocki, et Honorée avec un Ledochowski.
Marie Laczynska est assurément un remarquable exemple de la méthode éducative utilisée par Nicolas Chopin. Elle charma l’empereur des Français non seulement par son évidente beauté, mais aussi par « sa connaissance de la langue, de l’histoire et de la géographie de la France, ainsi que par sa formation musicale ». Agée de quinze ans, à l’instigation, entre autres, de son frère Benoît, elle épousa à Kiernozia le chambellan Walewski, trois fois plus âgé qu’elle, dont elle eut un fils*. Séparée, utilisant les contacts de son frère dévoué [oddany] Théodore, elle suivit en 1813 Napoléon jusqu’à Paris, en compagnie de ses deux sœurs. Il semble qu’il ait existé une correspondance de Nicolas non seulement avec Eva Laczynska, mère de Marie, dont il « garda le souvenir jusqu’à sa mort », mais aussi avec Marie elle-même.
Pour l’organisation du voyage malaisé des sœurs Laczynski vers la France, un autre élève de Nicolas Chopin fournit son aide, alors qu’il était employé ministériel et conseiller juridique à Varsovie : Frédéric Skarbek. Ses Mémoires sont bien connues ; y présentant la figure de son professeur et mentor de plusieurs années, il attire l’attention sur le fait que son enseignement « était plus fondé sur un développement général des capacités intellectuelles (de l’élève), que sur une instruction de détail des disciplines du savoir ». Skarbek expérimenta certainement cela dès son enfance, passant les années 1800-1802 à Kiernozia. Il avait été placé là par sa mère, Louise Skarbek, parente des Laczynski, alors que – en plus de ses obligations concernant le domaine de Zelazowa Wola, récemment acheté – elle devait s’occuper des maisons héritées de son père à Torun.
Pour la carrière de Nicolas, la rencontre avec la famille aristocratique des Skarbek fut un véritable tournant. Il suffit de mentionner les sept « plus belles années de sa vie » à Zelazowa Wola, son heureux mariage et sa promotion de l’état d’employé et de précepteur domestique jusqu’au professorat en passant par l’état de collaborateur. Mais cela concerne les années ultérieures de sa biographie, qui, comme on le sait, sont mieux connues que celles que j’ai présentées ici.
CZESŁAW SIELUŻYCKI
1. Les généticiens (cf. H. A. Freye, Humangenetik, Stuttgart-New-York, 1987) expliquent cela par une « ??? [szczególnym, niejako prekursorskim nawarstwieniemde certaines prédispositions des ascendants »
2. G. Ladaique, Les ancêtres paternels de Frédéric Chopin, Lille, 1987, t. I, p. 184 et suivantes.
Ce travail, malgré son titre « généalogique » est à proprement parler, une biographie complète du père du compositeur avec ??? [ze szczególowym uwzględnieniem jego dalekich wstępnych]. Frédéric a hérité des Chopin plusieurs traits de caractère, comme par exemple leur rectitude et leur ardeur au travail ou bien leur « recherche de contact avec les gens associée à une réserve simultanée » et leur curieux goût du secret.
3. Archives du Royaume de Pologne, AGAD, 233, livres 115, 225; cf. note 4.
4. G. Ladaique, op. cip., t. I, p. 214.
Ibidem, copie de l’accord « tabagique » avec les signatures de Jean Dekert et des deux banquiers : Pierre Blank* et André Rafalowicz*. Peut-être P. Charles Blank est-il ce « Français » ou « compatriote de Nicolas Chopin » dont parle Frédéric Skarbek dans ses Mémoires*.
5. Autographe du discours au musée du TiFC*, numéro d’inventaire M/393.
6. Correspondance de Frédéric Chopin, éditée par B.E. Sydow, Varsovie, 1955, t.I, p. 71, 109 et 113.
7. Dictionnaire Géographique du Royaume de  Pologne, Varsovie, 1863, t. IV, p. 47.
8. Dictionnaire biographique polonais, t. XX, p. 332 et 341.
9. J. Siwkowska, Nokturn, czyli rodzina Fryderyka Chopina... (Nocturne, ou la famille de Frédéric Chopin...), Varsovie, 1988, t. II, p. 304.
10. Correspondance..., t. II, p. 56.
Ibidem, dans l’index des nom, erreur due à l’identification de Michel Mycielski avec Ignace.
11. J. A. Gierowski, Historia Polski (Histoire de la Pologne), Varsovie, 1989, t. III, p. 95-97.
A l’instar de la révolution française, ces formations étaient appelées « Garde nationale » (Gwardia Narodowa), de même que les militants radicaux insurgés étaient appelés « jacobins » (jakobiny)
12. W. Tokarz, Insurekcja warszawska (L’insurrection de Varsovie), Varsovie, 1950, passim.
13. H. Nowaczyk, « Kaliskimi śladami F. Chopina. (1) Towarzysze broni » (Sur les traces de Frédéric Chopin à Kalisz (1) Compagnons d’armes), Południowa Wielkopolska, 1989, n° 6, p. 10.
Ibidem, attestation archivistique d’une participation forcée à la milice locale. Pour comparaison : Jean Kilinski était officiellement « colonel de la milice du royaume de Mazovie ».
14. G. Le Mare, Histoire de la Pologne, Paris, 1982, p. 5, dans Ladaique, op. cit., t. I, p. 354.
15. L’ultérieure « faiblesse tuberculeuse pulmonaire » ["słabość suchot płucnowych"] est évoquée entre autre dans le discours funèbre (cf. note 5). Ladaique donne de façon erronée l’« asthme » comme une des causes du maintien de Nicolas en Pologne en 1790. Cf. Cz. Sielużycki, Chopin. Geniusz cierpiący (Chopin Le génie patient), Varsovie, Editions Aula, 1999.
16. Dictionnaire biographique polonais, t. XV, p. 103 et suivantes.
Les biographes de Chopin s’accordent pour attribuer [aux Laczynski] « quatre » rejetons ; Ladaique « vieillit » Marie de trois ans en acceptant 1786 comme année de naissance.
17 E. W. Walkiewicz (alors curé de Kiernozia), Kazania (Sermons), Lowicz, 1781, t. II, p. 351.
Discours sur la tombe du père de Mathieu Laczynski, Antoine, dans lequel sont évoqués ses nombreux ??? [wstępni].
18. Cf. G. Ladaique, « Chopin w Czerniewie » (Chopin à Czerniewo), Ruch Muzyczny, n° 9/1990.
L’auteur, voyageant en Pologne, a séjourné à Kiernozia, présentement une petite ville. Mal informé, il n’a pas atteint le palais, ni le manoir à Czerniewo, puisqu’il a entendu dire que « les palais ont été détruits ».
Il a cherché en vain des « actes paroissiaux », ainsi que le tombeau commun de Marie Walewska et de ses parents dans les nefs de l’église locale – étant donné que, comme on le sait, la petite chapelle abritant leurs cercueil est construite dans un souterrain situé à l’extérieur [wbudowana jest w podziemie od zewnątrz] (Elle est mentionnée dans l’article « Louise Fonousier* », c’est-à-dire la fille de Jacob Fenger, Louise Skarbek).
19. Dictionnaire biographique polonais, t. XV,  p. 316 et autres (R. Chojecki, sur la base des registres d’état civil de Kiernozia se trouvant alors aux Archives d’Etat de Lodz).

Notes 
Page 30
Nicolas : l’auteur écrit ici « Mikołaj (Nicolas) Chopin »
Michel J. Pac (Michał Jan Pac, 1730-1787) : voir page spécifique ; le comte Michał Pac arrive en France vers 1772, après la défaite de la Confédération de Bar ; il achète le domaine de Marainville en 1780.
Adam J. Weydlich (1742-ca 1815) : voir page spécifique ; il arrive en France en 1770, au titre de la Confédération de Bar
* la noble épouse de l’intendant : Françoise Weydlich, née Schelling (Française de Paris, fille d'un immigré allemand)
* menace révolutionnaire en France : l’auteur reprend une formulation de Gabriel Ladaique ; en réalité, il est peu probable qu’en 1787, un Français ait quitté la France à cause d'une « menace révolutionnaire » (c’est de l’histoire rétrospective).
* Jean Dekert (Jan Dekert1738-1790) : voir page La famille Dekert ; Jean Dekert (père) est un homme d’affaires important à Varsovie ; il fait partie des fondateurs de la Compagnie des Tabacs (1776) ; député à plusieurs Diètes ; maire de Varsovie en 1789.
* la Diète de Quatre ans (Sejm Czteroletni, 1788-1792) : diète exceptionnellement longue et importante (elle est à l’origine de la Constitution polonaise de 1791) ; en 1788, elle n’est évidemment pas encore la diète « de Quatre ans », mais elle s’annonce dès le départ comme réformatrice.
* lettres ... sans réponse : cf. page La lettre de Nicolas Chopin du 15 septembre 1790 ; comme l’auteur l’indique quelques lignes plus bas, on n’a conservé que cette lettre, dans laquelle Nicolas écrit effectivement qu’elle n'est pas la première.
* « pays étranger », « petit chemin » : ces citations viennent de cette même lettre ; la phrase complète est : « [...] étant dans un pays étranger comme j’y suis et où je peux faire mon petit chemin, je ne pourrais le quitter qu’avec regret pour me rendre soldat quoique dans ma patrie vu que M. Weydlich n’a que trop de bontés pour moi et dont j’en prévois les suites heureuses ».
Michel Pac, resté à l’étranger : c'est-à-dire en France ; Michel Pac n'est pas revenu en Pologne et est mort, semble-t-il, à Strasbourg en 1787 ; en 1790, c'est donc un autre membre de la famille Pac qui est concerné.
* Françoise de la famille Grochulska (Franciszka Grochalska, 1757-1827) : voir page La famille Dekert ; belle-fille de Jean Dekert, marraine d’Emilie Chopin. La notice du NIFC indique Grochalska et non pas Grochulska.
* J. Chominski (Józef Chomiński, 1906-1994), auteur d’ouvrages sur la musique, notamment Chopin (1978, traduit en allemand)
* T. A. Zielinski (Tadeusz Andrzej Zieliński, 1931-2012) : voir page spécifique ; auteur de Chopin (1993, traduit en français, Fayard, 1997)

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* l’évêque Jean Dekert :  fils du précédent (1786-1861), ordonné prêtre en 1825 ; évêque auxiliaire de Varsovie en 1859.
* Kalisz : ville située à 200 km à l’ouest de Varsovie
* Wroclaw (Wrocław) : ville principale de la Silésie, à 300 km au sud-ouest de Varsovie
* Kotlow (Kotłów) : village situé un peu au sud de Strzyzew (infra)
* Antonin : petite ville à 30 km au sud-ouest de Kalisz (résidence principale de la famille Radziwill)
* Strzyzew (Strzyżew) : petite ville à 25 km au sud de Kalisz
* voyage à Strzyzew : pour rendre visite à sa marraine Anne Skarbek, devenue Mme Wiesolowska (cf. page La famille Skarbek)
* voyage à Vienne : Chopin fait deux voyages à Vienne (1829 et 1830)
* Sulislawice (près de Kalisz) : actuellement un quartier de cette ville
* Duszniki  (Duszniki-Zdrój, anciennement Reinerz Bad) : ville d’eau de Silésie (relevant alors de la Prusse) où Chopin fait une cure durant l’été 1826
* Ignace Mycielski (Ignacy Mycielski, 1784-1831) : militaire polonais ; cf. notice de la Wikipédia polonaise
* Michel Mycielski (Michał Mycielski, 1796-?) : apparemment, ce n'est pas le frère d'Ignace
* Titus Woyciechowski (Tytus Woyciechowski, 1808-1879) : ami de Chopin ; cf. notice de la Wikipédia polonaise
* Jean Henri Dombrowski (Jan Henryk Dąbrowski, 1755-1818) : militaire et patriote polonais
* Karlowy Wary (en tchèque Karlovy Vary, en allemand Carlsbad) : ville d’eau de Bohême (relevant alors de l’Empire d’Autriche) où Frédéric Chopin vient de Paris pour retrouver ses parents en 1835
* Mickiewicz : Adam Mickiewicz (1798-1855), écrivain et patriote polonais
* Krasinski : Sigismond Krasinski (Zygmunt Krasiński, 1812-1859), écrivain et patriote polonais
* Delphine Potocka (Delfina Potocka, 1807-1877) : Delphine Komar, épouse de Mieczyslaw Potocki ; amie de Chopin dans les années 1830
* Constitution du 3 mai (1791) : constitution introduisant des réformes dans l’organisation politique et sociale de la Pologne
* pacte de Targowica (1792) : alliance des adversaires polonais de la Constitution, appuyés par la Russie ; cette opération facilite le second partage de la Pologne (1793)
* Kollontaï : sans doute Hugo Kollontaï (Hugo Kołłątaj, 1750-1812), écrivain et patriote polonais
* une République : l’état monarchique polonais portait le nom de République des Deux Nations (Rzeczpospolita Obojga Narodów), le royaume de Pologne et le Grand-duché de Lituanie.

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* tradition familiale : un des premiers biographes de Chopin, Maurice Karasowski, cite une phrase de Nicolas Chopin, qu'il donne pour habituelle et qui lui a certainement été transmise par la fille de celui-ci, Isabelle (la seule vivant encore à l'époque ou Karasowski écrit)
* levée générale : procédure militaire de l’ancienne Pologne
Jean Kilinski (Jan Kiliński, 1760-1819) 
* sur recommandation [z rekomendacji] : ?
* Maciejowice : ville située sur la Vistule à 70 km au sud-est de Varsovie ; lieu d'une bataille cruciale lors de l'insurrection de 1794 (10 octobre 1794) ; Kosciuszko y est fait prisonnier 
* Praga : faubourg de Varsovie situé à l’est de la Vistule (aujourd’hui quartier de la ville)
* staroste (starość) : en Pologne, il s’agissait d’un noble, détenteur d’un fief appelé « starostie » (fiefs supprimés lors du troisième partage de la Pologne), alors qu’en Russie, il s’agissait d’un paysan responsable de village (une sorte de syndic) ; cf. site CNRTL (CNRS)
* Gostynin : ville située à 110 km au nord-ouest de Varsovie
* Kiernozia : ville située à 70 km à l’ouest de Varsovie
* Plock (Płock) : ville située sur la Vistule à 90 km au nord-ouest de Varsovie,
* Lowicz (Łowicz) : ville située à 70 km au sud-ouest de Varsovie (au sud de Kiernozia)
* Sanniki : village un peu au nord de Kiernozia ; résidence de la famille Pruszak (évoquée plus loin dans l'article) chez qui Frédéric passera une partie de l'été 1828 (Zielinski, p. 104)
* Benoît Joseph Laczynski (Benedykt Józef Łączyński, 1774-1820)
* la célèbre Marie : en tant que « Marie Walewska » (1786 ou 1789-1817) ; l'auteur insiste sur la date de 1789, mais 1786 est plus courant
* Frédéric Skarbek (Fryderyk Skarbek, 1792-1866) : écrivain et homme politique polonais, ami de Nicolas et Frédéric Chopin ; voir page spécifique.
* Brodne (Brodne Józefów ou Brodne Towarzystwo) : village de la commune de Kiernozia
* Sokolow (Sokołów Kolonia ou Sokołów Towarzystwo) : idem
* Lasocin : idem
* il passait ses congés à Kiernozia : à cette époque, la Prusse et la France ne sont pas en état de guerre ; les Légions polonaises faisant de facto partie de l’armée française, le séjour de Benoît Laczynski en Prusse n’est pas invraisemblable (après le troisième partage de la Pologne, Varsovie devient chef-lieu de la province de Prusse méridionale).

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* un fils : Antoine Walewski (Antoni Walewski, 1805-1833)
* Pierre Blank (Piotr Blank, 1742-1797) : voir Notice de la Wikipédia polonaise ; descendant d’une famille française protestante émigrée à Berlin au XVIème siècle (?) ; important banquier et financier de Varsovie ; un palais de Varsovie porte son nom (Pałac Blanka).
* André Rafalowicz (Jędrzej Rafałowicz, 1736-1823) : voir Notice de la Wikipédia polonaise ; homme d’affaires, élu maire de Varsovie en 1793 et en 1794.
* le « Français » dont parle Frédéric Skarbek dans ses Mémoires : cf. page Frédéric Skarbek biographe de Nicolas Chopin ; dans le chapitre 1 de ces Mémoires, il écrit effectivement : « Chopin était venu en Pologne dès avant la révolution française, comme secrétaire et comptable à la manufacture de tabac, fondée par un sien compatriote à Varsovie. » (Chopin przybył do Polski jeszcze przed rewolucyą francuzką, jako pisarz czy rachmistrz przy fabryce tabacznej, przez rodaka swego w Warszawie zalożonej.)
* TiFC : Towarzystwo imienia Fryderyka Chopina (Société Frédéric Chopin), Varsovie
* Louise Fonousier : la relation de ce nom (« Fonousier ») avec Louise Fenger épouse Skarbek est, à première vue, énigmatique ; peut-être une erreur typographique.

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Création : 25 novembre 2013
Mise à jour : 4 novembre 2014
Révision : 31 juillet 2017
Auteur : Jacques Richard
Blog : Sur Frédéric Chopin Questions historiques et biographiques
Page : 132 Nicolas Chopin de 1787 à 1802 (article de Ruch Muzyczny)
Lien : http://surfredericchopin.blogspot.fr/2013/11/nicolas-chopin-1787-1802-ruch-muzyczny.html










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